L'E-Gouvernance ne fait pas le bonheur de l'administration marocaine

Mercredi 6 juin, l’ISESCO à Rabat accueillait une journée-conférence autour de la thématique de « l’E-Government » au Maroc. Il en ressort globalement qu’en dépit des progrès réalisés, le royaume est encore à la traîne en matière d’e-gouvernance. En cause notamment, la culture réfractaire au changement qui prévaut au sein de l'administration marocaine et qui se traduit par la résistance des fonctionnaires à la mise en place d'un outil interdisant bakchichs et passe-droits.

L'e-Gov au Maroc se heurte encore à de nombreux écueils, parmi lesquels la résistance au changement des fonctionnaires

Début mars 2012, l’Organisation des Nations Unies a jeté un véritable pavé dans la mare en publiant son e-governement index : Maroc, 120ème place… sur 193 possibles. Ce score sans appel est venu sanctionner le retard du pays en matière d’implémentation et d'utilisation des nouvelles technologies dans le secteur public. La publication de cet index, et a fortiori, du classement qu’il révèle, a eût évidemment l’effet d’un électrochoc. Mercredi, à Rabat, l’heure était donc au bilan.

Organisé par l’Association des anciens élèves de Telecom Paris Tech (ATAM) en partenariat avec l’ISESCO, la capitale diplomatique accueillait en effet mercredi 6 juin une journée-conférence sur le thème "E-Gov: un outil incontournable pour une gouvernance transparente et efficace". Mêlant participants nationaux et internationaux, cette journée a été marquée par la succession d’intervenants de marque, parmi lesquels M. Aâmara, l’actuel ministre de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles Technologies. Pour ce dernier, qui s’est adressé à l’audience en ouverture de la conférence, le rang du Maroc reflète mal les progrès réalisés par le pays en matière d’e-gouvernance.

Le ministre n’a pas tort. Car il est vrai que les résultats du rapport des Nations Unies montrent aussi que le Maroc arrive en tête de lice des pays ayant le mieux développé leur service administratif en ligne d'une année sur l'autre avec une progression de 48 places entre 2011 et 2012  (de la 104ème à la 56ème place). Par conséquent, si le royaume réalise une performance globale aussi médiocre, ce n’est pas tant en raison de la faiblesse de son niveau d’infrastructure existant qu’en raison de l’utilisation encore très limitées des services en lignes disponibles.

Pour le président de l’ATAM, M. Ahmed Rahhou, « l’analphabétisme, la ruralité et la pauvreté constituent de fait autant de barrière à l’entrée des services e-Gov proposés ou en cours d’élaboration ». La persistance de ces facteurs d’exclusion explique d’ailleurs parfaitement pourquoi en dépit de l’évolution quasi-exponentielle du taux de connexion à Internet, la progression de l’utilisation des services en ligne a été très lente au cours des dernières années, notamment en matière de e-commerce. Cela dit, même si elle explique pourquoi une partie de la population reste encore marginalisée des services en ligne, elle ne justifie pas pour autant la très faible utilisation d’Internet par le gouvernement et les retards conséquents enregistrés par le programme d’E-Government du Maroc initiée en 2009 (phase II).

Coordination, cohérence et culture du changement: les 3 facteurs-clés du succès

Selon le spécialiste de l’ATAM, deux facteurs-clés occultés jusque là freinent la mise en application du « Plan Maroc Numeric 2013 » : d’une part, le manque de coordination entre les différents départements ministériels et, d’autre part, l’absence de cohérence globale dans la démarche entreprise. Sur le premier point, la position de M. Rahhou rejoint celle du ministre de l’Industrie qui soulignait dès l’ouverture de la conférence la nécessité d’une « meilleure coordination et d’un meilleur échange d'informations et de documents entre les départements ministériels et les établissements publics ». Mais là où M. Rahhou apporte un éclairage nouveau, c’est sur la nécessité de la cohérence globale qui doit sous-tendre le projet d’E-Gov mené par le Maroc : « il doit y avoir une cohérence entre ce que l’usager trouve sur le Net et ce qu’il vit face à l’administrateur » a-t-il déclaré.

L'analyse de l'expert de l'ATAM omet toutefois de prendre en considération un autre facteur-clé de la réussite du projet d'administration numérique marocain : la gestion du changement. Car si de l'avis d'Aâmara « l'e-Gov représente un accélérateur en matière d'amélioration de la transparence et de l'égalité des chances des citoyens face à l'administration », il faut se rappeler qu'une gouvernance plus transparente n'est pas nécessairement du goût de tous, en particulier des fonctionnaires. « Il est prouvé à travers le monde entier que les technologies de l'information, quand elles sont bien utilisées, sont l'outil principal d'éliminations des pratiques déviantes  » a souligné le directeur du programme e-Gov au sein du ministère, M. Boubker Badr.  Par « pratiques déviantes », M. Boubker entend évidemment le clientélisme et la corruption qui sévissent au sein de l'administration marocaine : « fini le pouvoir d'être le seul à détenir l'information et celui de donner ou non accès au service  » a-t-il déclaré en ce sens. Par conséquent, à la résistance naturelle des fonctionnaires face à une nouvelle technologie s'ajoute aussi celle liée aux répercussions que son usage pourrait avoir sur la poursuite de leurs pratiques frauduleuses. En cela, la gestion du changement devient donc centrale puisqu'elle devrait permettre de refondre en profondeur la culture viciée qui prévaut au sein de l'administration marocaine.      

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2 commentaires
Des bornes informatives
Auteur : khalide34
Date : le 08 juin 2012 à 19h44
TOut à fait d'accord avec toi, il faut simplifier les choses, quelques menus surtout visuel avec des photos car l'illétrisme est fort malheureusement, les marocains sont pas bilangue ou très peu.

Vivement que ça se démocratise, et que ces fonctionnaires fassent enfin leur travail.
Nan mais si vous voulez que cela marche au Maroc ...
Auteur : MOHAMMED
Date : le 08 juin 2012 à 17h06
il faut mettre des ordinateurs qui ressemblent à des bingos, des flippers, des roulettes, etc ... et là le e-gov va décoller ...
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