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Rabat : le Roi est pour tamazight
Au Maroc, tamazight est enseignée, à partir de la première année primaire, sur tout le territoire national. Contrairement à l’Algérie où cet enseignement est facultatif, au royaume chérifien, il est obligatoire.
Dans un discours qualifié d’historique par les Marocains, prononcé en 2001, le Roi Mohamed VI avait affirmé que tamazight ne concerne pas uniquement une tranche de personnes mais c’est la culture de tous les Marocains. "Tant mieux !" avaient réagi les militants.

Meryam Demnati, chercheur à l’Institut royal de la culture amazighe, nous donne rendez-vous à la MAP (Maghreb arabe presse), une sorte d’APS marocaine. Comme nous ne connaissons pas cet endroit, elle propose que nous nous rencontrions à la gare de ville. Celle-ci est plus facile à trouver puisque située au boulevard Mohamed V de Rabat.

A17h, Myriam arrive accompagnée d’un léger sourire. Après les salutations, elle nous demande de patienter un peu car il y a un journaliste marocain, militant de la cause berbère, qui va se joindre à nous. Il s’agit de Lhoussain Azergui. Ce dernier arrive avec un exemplaire de la revue herbdomadaire "Journal". Nous nous installons à une terrasse d’un café, à quelques mètres du Palais royal. Notre discussion allait tourner pendant plus de sept heures sur la situation de la langue et culture amazighe au Maroc. Tantôt nous parlions en tamazight, tantôt en français. Le journaliste Lhoussain, en plus du berbère marocain, qui est sa langue maternelle, maitrise aussi le kabyle. Il est un fan de Lounès Matoub. Pendant toute la conversation, il ne cessera pas de citer des passages de ses chansons pour illustrer ses dires."J’achète ses CD à Tanger", dit-il. Le titre de l’un de ses deux romans écrits en tamazight est inspiré d’une chanson de Matoub : "Igoujilen bawal". Il l’a proposé à l’Ircam pour son édition. L’institut a accepté de le publier mais à condition que cela se fasse dans les deux transcriptions : amazighe et tifinagh.

Meryam Demnati, qui est chercheur à l’institut nous informera qu’au Maroc, tamazight est transcrite en caractères tifinagh. Même si beaucoup ne partagent pas ce choix, lui préférant le latin pour des raisons évidentes de pratique, Meryam Demnati précise qu’à l’époque où tamazight a été introduite à l’école, il était difficile d’opter pour le latin car "nous aurions eu tous les panarabistes sur le dos". Déjà qu’ils ont eu beaucoup de mal à accepter les décisions du Roi sur cette langue ! Meryam Demnati explique que contrairement aux adultes qui montrent des réticences par rapport aux caractères tifinagh, les petits enfants ont un engouement incroyable pour l’enseignement de leur langue maternelle.

"Vous ne pouvez pas imaginer le bonheur d’un petit élève, quand il se lève dans la classe et dit à son enseignant : Azul aselmad", dit notre interlocutrice, d’une voix nouée d’émotion.

Myriam, parmi des centaines d’autres, est une militante de la cause amazighe et des droits des femmes au Maroc.Elle manie la langue française excellemment. De même pour le tamazight. Mais aucun mot d’arabe. Ni elle, ni Lhoussain. C’est leur manière de protester contre les panarabistes qui activent dans les partis politiques marocains et qui font tout pour entraver le travail de l’Ircam en dépit des instructions du Roi Mohamed VI.

Que fait au juste l’Institut royal ? Meryam Demnati explique que l’institut a sept départements. Elle fait partie de celui de la recherche didactique et des programmes pédagogiques. C’est ce centre qui réalise et confectionne à 100% les manuels scolaires amazighs. Il conçoit des livres de contes et de récitations pour enfants. Demnati, elle-même, vient d’éditer dans ce cadre une bande dessinée en tamazight. Le centre s’occupe des dictionnaires et des lexiques. Un autre département a la tâche de l’aménagement linguistique. La priorité, dira Meryam, est la standardisation.

Au Maroc, l’objectif est d’arriver à avoir un seul tamazight compris par toutes les régions. C’est un travail de longue haleine mais incontournable, ajoute-t-elle. Bien que la position de l’Inalco consiste à s’opposer à la standardisation, l’Ircam travaille beaucoup avec cet institut. "Nous avons des relations permanentes avec Salem Chaker, Kamel Nait Zerrad, Ramdane Achab, Said Chemakh...", souligne Demnati. D’autres départements à l’Ircam se chargent de la sociologie, l’anthropologie, l’histoire et l’environnement, la littérature, l’art, l’audiovisuel et l’informatique. Chaque département est occupé par des chercheurs spécialisés dans le domaine. L’Ircam est rattaché directement au Palais. Il est doté de grands moyens matériels. Les problèmes se posent dans les relations avec leurs partenaires, notamment les ministères, " qui sont entre les mains des arabo-baâthistes". "Ces responsables ne tiennent pas compte des décisions du Roi. A chaque fois, ils se réfèrent à la charte de leur parti qui est hostile à tamazight", indique Meryam Demnati. Et d’ajouter : "Nous sommes obligés de saisir le Roi, en lui envoyant une motion à chaque fois qu’il y a blocage". Le Roi vient d’envoyer une lettre à l’Ircam pour l’informer que tamazight sera intégrée à l’école des instituteurs à compter de septembre 2005.Pour l’instant, tamazight est enseignée à raison de trois heures par semaine. L’Ircam travaille pour évoluer vers six heures par semaine à moyen terme.

Comment la presse perçoit-elle la réhabilitation de l’amazighité ? Le journaliste Lhoussain Azergui répond que les journaux s’interessent de plus en plus à la question. Tous les festivals sont largement couverts et depuis environ six mois, l’intérêt s’est accru. Les journaux Le Matin et Essahara El Magharibia publient chaque samedi une page en tamazight. Chaque fois qu’il y a un événement relatif à tamazight, la presse en parle. Les livres en berbère sont présentés.Des interview avec les artistes amazighs sont régulièrement publiées. Même la presse internationale s’intéresse plus aux Amazighs du Maroc, souligne Lhoussain. Pour le moment, aucun journal n’affiche une hostilité à l’égard de tamazight.

Au Maroc, il y a quatre publications sur tamazight : Le Monde Amazigh (dirigé par Rachid Raha), Tawiza, Agraw Amazigh et Tasafut. Pour former les journalistes amazighs, l’Ircam avec la collaboration du ministère de l’Information ont organisé un stage en leur faveur. Meryam Demnati précise que bientôt des formations seront dispensées pour les speakers de la télévision mais aussi pour les facteurs car beaucoup de citoyens envoient des lettres en tifinagh.

Source : La Dépêche de Kabylie