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Corse: Racistes? Nous? Absolument pas!
Une trentaine d'attentats ont visé des habitants d'origine maghrébine en 9 mois.

Bastia, dans le quartier populaire de Montesoro, la voiture d'un Marocain a été plastiquée dans la nuit de samedi à dimanche. Sur un mur proche, l'inscription «A droga fora» (la drogue dehors) et le sigle MCA (Mouvement clandestin anonyme). Inconnu jusqu'alors, le MCA était apparu en juillet, lors d'un attentat contre la villa en construction d'un Maghrébin, sur les murs de laquelle avaient été relevées des inscriptions racistes.

Racistes ? Nous ? Absolument pas ! Le délire des rédacteurs du communiqué anonyme signé «Clandestini Corsi», déposé la semaine dernière à France 3 Corse, laisse pantois. «Notre combat n'est pas à but raciste, mais un combat pour la survie du peuple corse», peut-on
y lire. Mais, quelques lignes plus haut, les mêmes «félicitent» un mouvement concurrent pour avoir nuitamment plastiqué la maison d'un entrepreneur corse d'origine marocaine, à Biguglia (Haute-Corse).

L'homme avait osé prendre la parole sur France 3 Corse. Seul le PNC (Parti de la nation corse), opposé aux actions violentes, a condamné cette sinistre prose.

En Corse, les attentats racistes ont augmenté de façon significative depuis deux ans. Dirigés contre des personnes ou des biens liés à la communauté d'origine maghrébine, ils font écho à la multiplication de tags du type «Arabi fora» (les Arabes dehors) ou plus biscornus : «200 cagoules, 20 000 voiles». Une bonne trentaine d'attentats en neuf mois, qui n'ont provoqué que peu de réactions.

Pire, en mars, des dizaines de jeunes se déversent dans le Vieux-Bastia, où vivent de nombreux Corses d'origine maghrébine. Objectif, casser du jeune Arabe. Le tout sous les yeux d'une population plus amusée qu'horrifiée. Dire pour autant que «les Corses» sont racistes relèverait du même racisme. D'ailleurs, le communiqué de Clandestini Corsi désigne, en les menaçant, deux associations très actives de l'île, Ava Basta, fondée par Noëlle Vincensini, et la Ligue des
droits de l'homme, animée par André Pacou. «Cela confirme qu'il s'agit d'un groupuscule fascisant», répond André Pacou, qui annonce pour le 18 septembre un rassemblement antiraciste à Corte. Une manière de mettre au pied du mur la société civile insulaire, associative ou syndicale, qui, pour l'heure, n'a pas manifesté la moindre émotion face à ces menaces.

Par ailleurs, dans la même nuit de samedi à dimanche, un attentat a visé la villa d'un ressortissant italien sur la commune de Poggio-Mezzana, sur la côte orientale (50 km au sud de Bastia), ont indiqué les gendarmes. Une charge explosive couplée avec une bouteille de gaz. Cet attentat, lui, n'a été ni signé ni revendiqué.

Marc PIVOIS
Source : Libération