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Politique
Algérie-Maroc: La guerre est-elle possible ?
Entre Alger et Rabat, rien ne va plus. Jusqu'où pourrait aller cette crise...
Il travaille depuis très longtemps au ministère français de la Défense, connaît bien l'Algérie, ou plus exactement l'armée algérienne, se rend d'ailleurs régulièrement à Alger, et c'est probablement pour cela qu'il préfère aujourd'hui garder l'anonymat. L'escalade entre les deux capitales, cet expert militaire la met sur le compte de la « dramaturgie nationale, beaucoup plus importante pour maintenir les peuples au garde-à-vous (en Algérie comme au Maroc) que la rivalité entre les deux pays » ; l'idée d'un surarmement algérien, il n'y croit pas un seul instant, tant il connaît bien « les besoins de cette armée à la soviétique, boycottée pendant 10 ans par les grands marchands d'armes internationaux » ; l'intérêt d'une guerre pour les deux pays : « pour l'Algérie, du moins, l'enjeu serait trop dangereux, affirme t-il, car en cas d'une défaite de l'armée, c'est tout le régime qui serait déstabilisé » ; l'exacerbation de la crise jusqu'au conflit armé : a priori inconcevable en 2004 à moins que... Et il ajoute, en paraphrasant Albert Einstein : « Il y a deux choses qui donnent une idée de l'infini, l'univers et la bêtise humaine ».


La guerre des mots

Et en la matière, les relations entre les deux capitales maghrébines en sont un bon exemple. Mais depuis le début de la crise, suite au mémorandum marocain adressé à Kofi Annan, pointant du doigt la responsabilité algérienne dans le conflit du Sahara, seule la presse avait donné un avant-goût de l'absurdité de la chose. Mais depuis quelques jours, les Politiques des deux pays se sont invités dans la danse.

En Algérie, c'est au plus haut niveau de l'Etat qu'on prend plaisir à remuer le couteau dans la plaie. Abdelaziz Bouteflika, au président iranien, Mohamed Khatami en visite à Alger le 4 octobre dernier, évoquait, au cours du dîner, la question du Sahara, expliquant qu'il s'agissait d'« un problème de décolonisation inachevée ». La veille, le ministre algérien des Affaires étrangères allait carrément plus loin en déclarant à un journal koweïtien que « l'occupation militaire marocaine au Sahara occidental était à l'origine du conflit ». Quelques jours plus tard, en déplacement en Afrique du Sud, A. Boutflika enfonçait un peu plus le clou, en soulignant « l'impact hautement positif » de la décision de Prétoria de reconnaître le Polisario. Côté ouest de la frontière, ce sont les partis politiques qui prenaient le relais des éditorialistes : le socialiste Ahmed Lahlimi, Haut Commissaire au Plan, accusait, dans une déclaration reprise par l'AFP, l'Algérie d'avoir été complice des deux coups d'Etat en 1971 et 1972... Jusqu'où ira donc la surenchère ?


Armée algérienne...

D'autant que la méconnaissance qui prévaut entre les deux sociétés peut se révéler dangereuse. Exemple : qu'en est-il par exemple de l'idée, reprise aux quatre coins du Royaume, qui consiste à affirmer que l'Algérie s'est engagée dans une course à l'armement ? De l'avis d'un grand nombre de spécialistes, cette affirmation n'a pas de sens. Pour Luis Martinez, chercheur à Sciences-Po, l'enjeu de l'armée algérienne est de se mettre aujourd'hui au standard de l'OTAN : « L'ambition de Bouteflika depuis 5 ans est de faire de l'Algérie un pays à qui l'on déléguerait des responsabilités en Méditerranée ». Pari que le voisin est en train de relever : le 30 septembre dernier, un détachement de la force maritime EUROMARFOR accostait au port d'Alger pour des « exercices communs en haute mer ».

L'armée algérienne, dont les équipements sont obsolètes et les revenus pétroliers au plus haut, fait donc saliver aujourd'hui les marchands d'armes. Et ce d'autant plus que l'embargo officieux depuis 1994 sur les ventes d'arme est en passe d'être levé. « Avec la guerre civile, l'armée a dû opérer une transformation profonde. Armée de position fonctionnant sur le modèle soviétique, elle devenait devenir une armée de contre-guerilla , c'est-à-dire avoir un dispositif plus léger et troupes plus aguerries », explique l'expert français. A cette époque, Alger n'étant pas en odeur de sainteté, on s'approvisionne en Ukraine, en Russie et en Egypte en véhicules blindés pour le transport de troupes en hélicoptère léger en Afrique du Sud et on puise dans les stocks de l'ex-armée rouge pour les avions de combat, comme les récents MIG achetés en Ukraine et Biélorussie. « Le format dans laquelle l'armée algérienne est en train de se fondre n'est pas un format de guerre internationale », ajoute-t-il.

La guerre, pour la diplomatie européenne, et principalement espagnole, est impensable. La crise entre Rabat et Alger pourrait, au pire, aller jusqu'au rappel des ambassadeurs. Espérons-le, mais qui pouvait prévoir en juillet 2002 que Rabat allait se lancer dans une confrontation directe avec l'Espagne, en prenant pied sur l'îlot Leïla ? A l'époque, ce sont les Etats-Unis qui sont venus remettre de l'ordre dans les esprits. Aujourd'hui, ceux-ci ont le yeux rivés sur le prochain scrutin présidentiel.

Nadia Hachimi Alaoui
Source : Le Journal Hebdomadaire