16.12.2003 | 01h55
Article lu 9659 fois
Saad Ben Barka – Fils de Mehdi Ben Barka
Yabiladi.com : Quelles sont vos impressions concernant ce séminaire qui a réuni à la fois l’Etat (CCDH), les associations des droit humains et les organisations internationales (Amnesty, FIDH) ?
Saad Ben Barka : Je crois que le séminaire avait pour objectif d’échanger les différents points de vues, ce matin les deux interventions (Amnesty et FIDH) ont apporté un éclairage nécessaire sur les différentes questions qui entourent la problématique des commissions de vérité et justice. La FIDH nous a permis d’avoir une vision globale sur les différentes expériences notamment en Amérique du sud. Cet éclairage nous a permis également de saisir les différences entre les notions d’amnistie et grâce. Pour nous il est essentiel d’étudier les différentes expériences des commissions vérité à travers le monde.
L’après midi, nous a permis d’entendre Mr Driss Benzekri (CCDH) sur les propositions de la commission « Equité et réconciliation » ainsi que les points de vues des organisations de droit humains. Les interventions de la salle ont montré que malgré les avancées positives, il reste beaucoup de questions en suspends auxquelles il faut que l’Etat apporte des réponses.
L’essentiel aujourd’hui c’est qu’il y a un débat au Maroc, un débat serein sur les questions des droit humains, il faut continuer.
Essebbar Mohamed – Président du Forum Vérité et Justice MAROC
Yabiladi.com : Quelles sont vos impressions concernant ce séminaire ?
Essebbar Mohamed : Je pense que le séminaire s’est bien passé, la question du rétablissement de la vérité est une question majeur pour nous, actuellement le CCDH à pris l’initiative en proposant un projet autour d’une commission « Equité et réconciliation », cet organisme a accès aux médias nationaux ce qui n’est pas le cas des associations des droit de l’Homme et les familles des victimes, ils ne peuvent pas faire part de leurs préoccupations concernant la proposition du CCDH.
Yabiladi.com : Il existe deux démarche au sein des associations des droits de l’homme, celles qui veulent participer au projet avec certaines conditions et celles qui rejettent, qu’en pesez vous ?
Essebbar Mohamed : Je pense d’après le débat et même au Maroc de manière générale, la première démarche est adoptée par la majorité des associations et des familles des victimes, pour nous il y a un minimum qui a été exprimé à l’occasion du symposium, en ce qui concerne l’impunité, il y a des divergences. Il y a aujourd’hui une nécessité d’organiser un grand débat national sur la question de l’impunité.
Mr Mannouzi - Famille du disparu Houcine Manouzi
Yabiladi.com : Vous représentez une famille de victime, quelle est votre conclusion par rapport à ce séminaire ? que pensez vous de cette tentative de dialogue ?
M. Manouzi: Pour nous ça fait plus de trente ans que mon frère est disparu, notre objectif est de connaître toute la vérité de ce drame, nous voulons soit recevoir sa dépouille pour faire notre deuil ou alors qu’on le libre s’il est encore vivant, dans tous les cas nous voulons que les responsables nous restituent la vérité.
Nous trouvons que la création de cette commission est positive, mais nous nous attendions beaucoup plus, vous avez entendu les critiques faites à cette commission, sur la question de la vérité, il reste beaucoup de choses à éclaircir. Nous sommes là pour collaborer jusqu’au rétablissement de toute la vérité.
Abdelhamid Amine - Président Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH)
Yabiladi.com : l’AMDH est plutôt réticente à coopérer au sein de la commission « équité et réconciliation », pour quelles raisons ?
Abdelhamid Amine : Tout le monde souhaite coopérer, le débat ne se situe pas à ce niveau, nous sommes effectivement les plus critiques vis à vis de cette instance, nous allons coopérer de l’extérieur, en même temps nous souhaitons garder notre indépendance car cette instance « équité et réconciliation » est tout à fait différente d’une commission nationale pour la vérité qui a été préconisé par le symposium organisé par toutes les associations en novembre 2001 au Maroc.
Pour nous la questions qui se pose est la suivante : est ce que cette commission « équité et réconciliation » reflète les revendications du symposium ou pas ?
A l’AMDH nous répondons qu’elle ne satisfait pas les revendications. Cette instance pourra régler quelques problèmes, rouvrir les dossiers des disparitions forcées, réparer des préjudices causés mais elle ne pourra répondre à toutes les attentes, en particulier la recherche de la vérité et toute la vérité !
La commission « équité et réconciliation » a une attitude très négative concernant la lutte contre l’impunité, ce qui est contraire à toutes les normes internationales et les fondements d’un Etat de droit. La loi marocaine préconise de sanctionner les violations des droits humains !