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- Yabiladi : Bonjour, pouvez vous vous présenter rapidement pour nos lecteurs ? Quel est votre parcours? - Hicham Elfassi : Après l’obtention du Bac en 1995, nous avons décidé mon défunt père et moi de poursuivre mes études supérieures en France. J’ai donc commencé par un DEUG Technologie Industrielle à la faculté des Sciences et Techniques de Besançon. J’ai ensuite enchaîné sur une licence EEA (Electronique, Electrotechnique et Automatique) et ensuite une Maîtrise EEA option Automatique et Informatique Industrielle. J’ai du interrompre mes études pour chercher un travail, j’ai donc suivi une formation professionnelle d’Architecte Développeur en Nouvelles Technologies. Après cela j’ai passé environ 10 mois à chercher du travail tout en réglant quelques problèmes de santé.
- Avez-vous eu un soutien sur place, une prise en charge psychologique, un soutien moral? - Etant donné que nous sommes musulmans et croyants, le seul soutien que j’ai pu avoir est celui de ma famille, mes proches et tous mes amis ainsi que tous les médias, les associations, les institutions qui ont condamné ces horribles actes terroristes. - La disparition de votre regretté père a bouleversé votre vie de famille. En plus du choc terrible dû à la perte d'un être cher, c'est le revenu de la famille qui a été affecté. Comment votre famille arrive à s'en sortir? - Nous sommes une famille moyenne et très modeste, et nous le restons toujours, car les principes de notre petite famille ont toujours été fondés et basés sur l’honnêteté, l’honneur et le respect des autres. Bien sûr que la mort de mon père affecte pleinement notre vie de famille, car le père au Maroc est considéré comme le chef de famille et on compte beaucoup sur lui, que ce soit sur le plan financier et/ou moral. Malheureusement, plus rien ne sera comme avant. Ma famille restera toujours en manque d’argent, et pour tout vous dire, nous ne possédons aucun bien immobilier, et l’appartement ou nous vivons est toujours en location, de même que mon père n’avait pas de voiture ! Mon défunt père était un simple fonctionnaire au ministère des finances, il avait et a toujours même après sa mort des soucis d’échelon et de grade. Durant ses derniers jours, c’est devenu son sujet de prédilection, car il n’avait pas obtenu tous ses droits. Il s’est toujours battu pour que ces fils aient un très bon niveau scolaire et vivent dans de bonnes conditions. C’est lui qui a toujours financé mes études depuis le début. Il avait même contracté un emprunt dans ce but. - Vous avez songé à rester au Maroc au coté de votre famille après la disparition de votre père, pourquoi avez-vous renoncé à cette idée? - Effectivement, j’ai pensé rentrer définitivement au Maroc pour m’y installer, être proche de ma famille et ne plus jamais les quitter (car le moment le plus pénible à supporter et d’être loin de sa famille et ses proches). Mais en réfléchissant à ce que mon défunt père me recommandait de faire à chaque fois qu’on parlait de mon avenir (obtenir un doctorat), ma famille et moi avons pris la décision de poursuive mes études en 3éme cycle à Paris. Ceci me permettra de réaliser le rêve de mon défunt père, et donner une valeur sûre à mon avenir professionnel. Certes cette décision est à la fois judicieuse pour mon avenir, mais douloureuse pour ma famille et moi, car on est de nouveau éloigné l’un de l’autre. Avec les évènements par lesquels nous sommes passés, il y’a toujours une peur qui réside quelque part en nous. - Avez vous eu un soutien du ministère des finances employeur de votre père? - Le ministère des finances, et par le biais de son directeur général M. BENSOUDA, que je tiens à remercier énormément pour son geste fort appréciable. Ce qui reste en suspens au ministère des finances est de débloquer la situation de mon défunt père, notamment au niveau de son échelle, de sa retraite et son capital décès. Cela permettra au reste de ma famille de vivre normalement et sans soucis d’argent. - Quelles sont les actions qui peuvent débloquer votre situation aujourd'hui? - Aujourd’hui, le souci majeur pour moi afin de mener à bien mon cursus universitaire est de pouvoir décrocher un bon sujet de doctorat et de trouver un logement. Je fais pour cela appel à toute bonne volonté capable de m’aider à trouver un domicile. - Quatre mois après la catastrophe du 16 Mai, quel regard portez-vous sur le Maroc d'aujourd'hui? - Je porte et je porterai toujours le même regard sur le Maroc à savoir un pays très riche en ressources naturelles et humaines, un pays de culture. J’ai toujours aimé le Maroc, mon pays natal, et je continuerai à l’aimer quelles que soient ses qualités et ses défauts. - Quel message désirez-vous transmettre à la jeunesse marocaine, qui semble désintéressée de toute implication politique? - Bien que la politique pour moi soit un domaine dont mes connaissances sont limitées, je tiens à préciser que le drame qui a frappé ma famille ainsi que les autres familles des victimes des attentats du 16 mai, aurait pu arriver à n’importe quel citoyen Marocain. C’est pour ça qu’on est tous responsables de ce qui se passe chez nous aujourd’hui, et on doit se mobiliser et s’impliquer un peu plus dans la vie de tous les jours. - Un dernier mot ? - Je condamne fortement ces attentats terroristes de Casablanca qui n’ont touché que des innocents. Je présente mes condoléances à toutes les familles des victimes des attentats du 16 mai 2003, ainsi qu’à toutes les familles des victimes d’attentats terroristes dans le monde entier. Je vous remercie et que tout le monde vive en paix. Nous remercions Hicham pour son témoignage et nous saluons son courage. Nous invitons toutes les personnes susceptibles de l’aider à le contacter directement. Sa situation précaire est inacceptable au regard du drame qui a affecté sa famille. Mail : h.elfassi@wanadoo.fr Post Scriptum : Hicham Elfassi nous a contacté Mercredi 24 Septembre 2003 pour nous annoncer que la Cité Internationale à Paris lui a octroyé une chambre étudiant. Il remercie toutes les personnes lui ayant envoyé leur message de soutien ainsi qu'aux associations l'ayant contacté. Il peut désormais se concentrer sur son doctorat et honorer la mémoire des son défunt père. Rachid - Yabiladi.com
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