Economie
Open Sky: L’Europe va-t-elle jouer le jeu?
Alors que le Maroc et l’UE viennent de signer l’accord d’ouverture du ciel aérien, les craintes quant à son application immédiate ne se sont pas entièrement dissipées. Karim Ghellab, ministre de l’Equipement, affirme avoir obtenu des assurances du côté européen. Jacques Barrot, commissaire européen, reconnaît pour sa part l’existence de difficultés du côté français en particulier.
L’Economiste: Que peut attendre le Maroc de l’accord, signé aujourd’hui?
- Karim Ghellab: Avec cet accord, nous espérons attirer toutes les compagnies aériennes européennes à desservir le Maroc afin de contribuer à atteindre l’objectif de 10 millions de visiteurs que nous nous sommes fixé à l’horizon de 2010. Il nous permettra d’offrir des prix bas et intéressants au départ et à destination du Maroc. Nous nous réjouissons de la tendance qui existe déjà depuis 2004 avec l’arrivée de plusieurs compagnies low-cost européennes telles que Easyjet ou Ryanair, ainsi que la création de compagnies à bas prix au Maroc telles que Atlas Blue ou Jet4you…

Toute cette dynamique est très bénéfique pour notre économie que ce soit sur le plan du tourisme ou celui de la création d’emplois que cela entraîne. Tout cela va être renforcé par la signature de l’accord d’aujourd’hui.

Est-ce que vous ne craignez pas que certains Etats, l’Allemagne notamment, ne jouent pas le jeu?
- Non, nous sommes en contact avec les Allemands sur ce sujet et nous avons eu aussi des réunions avec les Français.
De plus, la Commission européenne s’est penchée sur la question; et Jacques Barrot a insisté sur le fait que l’application doit être immédiate, au moins sur le plan administratif, en attendant la ratification de cet accord par les différents Etats membres qui ont signé avec nous cet accord.

Tous sont d’accord avec toutes les dispositions de cet accord, et, nous nous en félicitons et je pense qu’ils emploieront tous leurs meilleurs efforts pour appliquer le plus rapidement cet accord.

Et pour la France qui a précisé n’appliquer l’accord qu’après sa ratification par l’Assemblée nationale?
- Nous nous sommes entretenus de ce point lors de la réunion de la Haute-commission mixte Maroc-France des 10 et 11 décembre à Paris avec mon collègue Dominique Perben. Celui-ci m’a assuré que le gouvernement français va immédiatement engager les procédures de ratification de l’accord. Il m’a confirmé la bonne volonté du gouvernement de faire passer cet accord dans les plus brefs délais auprès de l’Assemblée nationale.

Justement, à propos de cette réunion à Paris, avez-vous évoqué l’affaire Ryanair auprès de vos partenaires français? Ryanair qui a reporté ses projets sur le Maroc en prétextant des réticences du côté des autorités françaises.
- En l’absence de la signature de l’accord Open Sky Maroc/UE et de son application, la possibilité d’opérer des vols à partir de Marseille sur le Maroc nécessite un certain nombre de démarches administratives que Ryanair a préféré éviter en attendant la signature de l’accord et son entrée en vigueur. C’est-à-dire que l’entrée en vigueur de l’accord simplifie grandement, pour une compagnie telle que Ryanair, ses démarches administratives pour pouvoir opérer ses vols à partir de la France. Ryanair a souhaité attendre la signature de l’accord et donc le nouveau cadre qui simplifie les procédures administratives alors que par exemple les Anglais ont accepté d’appliquer l’esprit de cet accord avant sa signature.

Si on vous comprend bien, demain Ryanair pourra lancer ses programmes sur le Maroc sans hésitation et n’aura plus de raisons de reporter ses projets?
- Il faut dire que les raisons pour lesquelles Ryanair a reporté ses projets sont parfaitement objectives. Maintenant que la signature de l’accord Open Sky est là et, si les Français mettent en œuvre immédiatement cet accord, il n’y aura aucun problème pour Ryanair de reprogrammer ses vols Marseille-Maroc.

Vous avez regretté que des vols programmés et commercialisés ont dû être reportés dans l’attente de l’entrée en vigueur de l’accord. Que va-t-il se passer maintenant pour tous ces Marocains qui ont payé leurs billets chez Ryanair et qui n’ont pas pu faire leurs voyages Marseille-Maroc?
- Tous les Marocains ou les étrangers qui ont payé leurs billets chez Ryanair pour le voyage Marseille-Maroc doivent s’adresser à Ryanair et procéder à l’apurement de leur litige avec cette compagnie.

Et qu’en est-il des aéroports du centre du pays comme Fès ou Meknès?
- Fès est tout à fait capable d’accueillir des avions internationaux. Tous nos aéroports ont une marge de capacité qui permet de recevoir beaucoup plus d’avions que ce qu’ils reçoivent aujourd’hui. Et nous accompagnons ces aéroports dans des programmes d’extension en fonction de leurs besoins.

L’accord Open Sky est signé aujourd’hui et tout le monde s’en félicite. La question qui vient à l’esprit : est-ce que le Maroc est réellement préparé à faire face à un afflux massif de touristes et de visiteurs dans les prochains mois sur le plan de l’accueil et des infrastructures?
- Bien sûr que le Maroc est prêt. Le Maroc travaille sur la libéralisation aérienne depuis 2002, celle-ci ayant été annoncé en 2004. Laquelle libéralisation est effectivement mise en œuvre actuellement. Je vous rappelle que sur les 44 compagnies aériennes qui desservent le Maroc aujourd’hui, il y en a 22 avec des vols réguliers depuis la libéralisation de 2004.

Nous sommes déjà dans la libéralisation aérienne et celle-ci va s’accélérer avec l’accord de l’Open Sky et nos infrastructures sont planifiées en conséquence. Nous allons dédoubler l’aéroport de Casablanca, on a ouvert un nouveau terminal à Marrakech en 2005 et nous projetons en ouvrir un autre, toujours à Marrakech d’ici fin décembre, ainsi qu’une troisième extension de l’aéroport de Marrakech en 2007. Nous allons également dédoubler l’aéroport de Tanger, nous sommes en train d’agrandir celui d’Essaouira, nous créons des aéroports à Zagora, Bouarfa, etc. Ceci veut dire que nous n’avons absolument aucun problème sur le plan des infrastructures tant du côté aérien que du côté des autres infrastructures comme ceux du tourisme, du transport routier, d’autoroutes, de ports, etc. Tout cela va ensemble.

Propos recueillis, à Bruxelles,
par Aziz Ben Marzouq
Source: L'Economiste