Economie
Croissance: La Banque Mondiale moins optimiste pour le Maroc que Mezouar
Dans son dernier rapport, l'institution financière table sur une croissance de 4%. La loi de finances 2008 table sur 5,8%.
Croissance: La Banque Mondiale moins optimiste pour le Maroc que Mezouar
Les prévisions optimistes de croissance formulées par Salaheddine Mezouar lors de la présentation de la loi de finances ne sont pas assez solides pour convaincre les institutions financières internationales. Le dernier rapport de la Banque mondiale sur les perspectives économiques des grandes régions du monde (Global Economie Prospects) réduit à néant cet optimisme. En effet, le rapport fait état d'une précision de croissance de 4% pour 2009. Ce qui représente un décalage de 1,8 point de pourcentage par rapport aux estimations de Mezouar. Ce chiffre représente également une baisse de 2,2 points de pourcentage par rapport à la croissance en 2008 qui se chiffrera, selon les estimations de la Banque mondiale, à 6,2%. Il est vrai que le Maroc fera légèrement mieux que la moyenne régionale de croissance, qui ressortira à 3,9% à la fin de l'année prochaine. Mais comparée aux pays du même calibre, à savoir ceux qui disposent de peu de ressources et d'une main-d'œuvre abondante, la performance marocaine est inférieure à la moyenne régionale qui se situe à 4,3%.

Le rapport de Banque mondiale donne raison aux contestations formulées aussi bien par des économistes que par des partis politiques qui scandaient que les grandeurs du budget 2009 ne prenaient pas en considération les impacts négatifs du contexte international sur l'économie marocaine.

En dépit de ce décalage, le Maroc fera légèrement mieux que la moyenne de croissance dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. La Banque mondiale prévoit une progression de 3,9% seulement pour le PIB de cette zone, soit 1,9 point en moins que cette année. «Il est vrai que l'impact de la crise internationale sur la région est moins dramatique que celui constaté en Europe et en Asie centrale et du sud. Mais les pays qui la constituent demeurent fragiles par rapport à ces effets indirects». Tel est le constat majeur qui ressort de la lecture du rapport.

Pour expliquer ce déclin de la croissance, le rapport de la Banque mondiale répartit cette zone en deux grands blocs, à savoir les exportateurs de pétroles et les pays à économie diversifiée, dont le Maroc fait partie. Il est clair que la chute des cours du pétrole est le principal facteur de réduction de la croissance pour la première catégorie. Pour ce qui est de la seconde, les éléments explicatifs de cette tendance sont diversifiés. A commencer par la décélération des flux d'investissements, notamment étrangers. Ce poste devrait croître de 7% seulement en 2009 au niveau régional, au lieu de 18,9% une année auparavant. Pour les pays à économies diversifiées, le rapport de la Banque mondiale explique cette décélération par la baisse de la demande pour les exportations issues de la région et la réduction de l'intérêt international pour ces destinations touristiques. Cette analyse a déjà été faite par le Centre marocain de conjoncture (CMC), qui a qualifié ces secteurs de courroies de transmission de la crise pour l'économie marocaine. Le durcissement des conditions d'octroi des crédits contribue également à cette tendance, selon le rapport de la Banque mondiale. Le document signale clairement que les levées de fonds structurés pour le financement des investissements connaîtront un tassement à partir de cette année. Il y a aussi la réduction des exportations qui ressort à l'échelle régionale à -2,1% en 2009. Une régression qui intervient après une hausse de 10,1%, prévue pour 2008. Il est vrai que les livraisons de pétrole devront se réduire pour soutenir les prix. Mais les exportations des pays à économies diversifiées payeront également les pots cassés de la crise. La baisse des niveaux d'exportation dans le textile en est le meilleur exemple. Même la demande interne, qui a toujours constitué le moteur de croissance au Maroc et dans la région Mena, connaîtra une décélération de croissance. En effet, le rythme d'augmentation de la consommation privée devrait se limiter à 4,2% en 2009 contre 7% une année auparavant. Cela, malgré la réduction de l'inflation, pour toute la région, qui se situera autour de 6,6% contre 14,1% en 2008. Au final, le surplus de la balance courante devrait se réduire de plus de la moitié pour se limiter à 6% du PIB en 2009. Le Maroc n'est pas concerné par cette régression puisque, dans son cas, l'évolution de cet indicateur passe de -4,5% à +1% entre 2008 et 2009.

Les espoirs de reprise pour 2010

Le Maroc ne pourrait espérer retrouver un niveau de croissance aux alentours de 6% qu'en 2010. En effet, la Banque mondiale prévoit une reprise globale pour cette année-là. Ce qui devrait se traduire par 2 points de croissance de plus pour notre pays. Cette performance devrait être issue d'une reprise des exportations, qui serait elle-même liée à une amélioration de la demande en Europe et aux Etats-Unis. Sans oublier le regain de croissance pour la demande intérieure qui devrait progresser de 6%, profitant de niveaux d'inflation toujours modérés. Toujours est-il que l'inflation demeure le principal défi pour les économies de la zone Mena, en raison notamment de leur forte dépendance de la fluctuation des cours mondiaux des matières premières énergétiques et alimentaires.

A noter que 2008 aura été une année glorieuse pour l'économie marocaine. En effet, le pays réalisera la plus forte croissance parmi les pays à économies diversifiées dans la zone Mena. Cette performance émane aussi bien des résultats relativement satisfaisants de la campagne agricole que de la bonne tenue des secteurs télécoms, services financiers et BTP. Pour ce qui est de l'inflation, le rapport ne manque pas de souligner que le Maroc représente un cas particulier. «La politique de contrôle des prix a limité l'effet de spéculation et réduit l'expansion des prix comparé à d'autres pays de la région, mais cela a entraîné le triplement des subventions publiques, qui représentent 6% du PIB».

Nouaim Sqalli
Source: Le Soir Echos