Economie
Le Maroc sur la voie de la réforme de la caisse de compensation
Vaut mieux prévenir que guérir. Le débat sur la réforme de la Caisse de compensation entame son rythme de croisière. Pour cela
une délégation gouvernementale sillonnera des pays à l'expérience réussie.
Après une première expérience ayant ciblé le soutien du prix du blé selon une nouvelle politique régionale s'appuyant sur la carte de pauvreté, on s'achemine vers une vision plus globale. Mais avant cela et pour mieux verrouiller le processus, une délégation de représentants de plusieurs ministères concernés dont l'Agriculture, la Santé, les Affaires économiques et générales et sûrement les Finances s'apprête à effectuer des visites dans plusieurs pays ayant une longueur d'onde dans ce domaine. L'objectif est de voir sur le tas les modèles réussis en matière de réforme du système de compensation notamment au Brésil, au Chili et au Mexique.

A ce jour, le programme de cette tournée n'est pas encore établi, on en est aux derniers réglages et au choix des modèles qui se rapprochent le plus du système marocain. Il s'agit là d'une première expérience et d'un examen de passage de l'actuel gouvernement qui compte bien préparer sa première Loi de finances 2009 suffisamment à l'avance pour mieux se préparer aux imprévus. Louable, dans la mesure où c'est aussi la première fois qu'un gouvernement se penche sur son Budget général avant les délais habituels.

La question est d'autant plus sérieuse que lors de son passage à l'émission "Hiwar" mardi dernier, Salaheddine Mezouar, ministre de l'Economie et des Finances a lancé une pierre dans la mare en indiquant que le déficit de la caisse peut atteindre les 45 milliards de DH à la fin de l'année, soit pratiquement le double des prévisions en situation normale. Il n'a pas manqué de souligner, par ailleurs, qu'il faut prendre en considération un prix du baril qui ne descendra pas, au meilleur des cas, sous la barre des 120 dollars. Parallèlement à cette double contrainte, le gouvernement s'engage mordicus à augmenter le budget d'investissement.


Il faut dire que l'équipe El Fassi, d'ailleurs récemment saluée par le FMI, est aujourd'hui sur la corde raide ballottée entre son obsession, certes positive, de maintenir les grands équilibres budgétaires et la contrainte d'insuffler une nouvelle dynamique en matière d'investissement et de création de l'emploi. Procéder à un meilleur ciblage de la compensation allègera incontestablement l'effort social du Budget et donnera plus de visibilité sur d'autres secteurs à forte valeur ajoutée.

Depuis que le prix du baril a crevé le plafond en dépassant les 100 dollars, la réflexion sur la réforme s'est accélérée avec les prémices d'une révolution dans le domaine. Cette nouvelle politique a été lancée pour la première fois en décembre 2007 mais elle a été rafraîchie, depuis, par plusieurs décisions inédites. Interrogé, en mars dernier, par Le Matin, Nizar Baraka, ministre des Affaires économiques et générales, a annoncé que sa politique porte sur plusieurs niveaux.

Le premier porte sur la réforme des filières céréalière, gazière et pétrolière, principalement concernées par la compensation. Des études y afférant, financées par le Fonds Hassan II, ont été lancées en janvier dernier. Le deuxième aspect a trait à l'optimisation des différents mécanismes de la caisse, déclinés en trois axes. Premièrement, revoir la structure des prix (tarification). Le second axe intéresse le contrôle. A ce niveau, N. Baraka a indiqué qu'un appel d'offres sera lancé vers la fin du mois de mars pour l'externalisation de la Brigade de contrôle relevant de la caisse. Le troisième axe de la réforme se penchera sur le développement des systèmes d'information de la caisse. Parallèlement à cette cure pluridimensionnelle, une importante étude sondera les possibilités de ciblage des populations défavorisées. Ce sont, effectivement, ces dernières qui font la raison d'être du système de compensation. Mais, malheureusement, telle qu'elle a été conçue, la caisse a essentiellement profité aux riches et aux entreprises.

Mostafa Bentak
Source: Le Matin