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Economie
USA-Maroc : Ultime bataille des opposants à l'accord de libre-échange
Le camp qui s’oppose à l’accord de libre-échange avec, à sa tête l’Association Marocaine des Droits de l’Homme, livre son ultime bataille.
La « caravane de l’accord de libre-échange », organisée du 19 au 24 septembre dernier, a bénéficié d’une large couverture médiatique à chacun de ses déplacements, que ce soit à Tanger, El Jadida, Settat, Beni Mellal, Meknes, Safi ou Agadir. Chapeautée par l’ambassade des Etats-Unis au Maroc, la caravane était composée d’hommes d’affaires marocains et américains ainsi que de membres de la Chambre américaine du commerce et de ceux de l'équipe marocaine des négociations de l'ALE. Un des objectifs majeurs de cette opération est de pousser le plus vite possible le gouvernement marocain à soumettre l’ALE au Parlement en vue de son adoption.


L’AMDH proteste

La veille du lancement de la caravane, l’ambassadeur des Etats-Unis, M.Thomas R. Riley, a mis les choses au point. « Le président Bush a signé la loi d'application de l'accord au mois d’août et c'est maintenant au tour du Maroc de remplir ses engagements. Nous espérons mettre l’accord en application dès janvier 2005, comme prévu ». On ne peut plus clair… Pour répondre aux velléités de la caravane, l’AMDH publie le 17 septembre, un communiqué s’élevant contre l’opération et invitant les citoyens à se mobiliser massivement afin d’interdire l’application de l’accord dans sa version actuelle. L’AMDH reprend les doléances qu’elle a déjà avancées. A commencer par la non-participation de l’opinion publique à la discussion du contenu de l’accord. Autre pierre d’achoppement : les conséquences négatives de l’ALE sur l’économie marocaine et sur les droits économiques, sociaux et culturels du pays. Pour valider la grogne, l’AMDH y a joint une pétition signée par une soixantaine de citoyens dont Abdelhamid Amine, président de l’association. Mais, à y regarder de près, aucun grand nom du tissu associatif ou des organisations œuvrant dans les domaines de la santé, de l’art, de la culture ou de l’économie ne figure sur la liste…

Pourtant, au début de l’année, alors que l’accord de libre-échange n’était pas encore signé, le nombre des opposants était plus grand et leur mobilisation bien plus franche. On se souvient du soir du 28 janvier devant le Parlement, quand les membres du CRS avaient violemment dispersé les manifestants venus dénoncer le secret entretenu dans les négociations de l’ALE.

Parmi les victimes, Amine Abdelhamid qui avait été transporté à l'hôpital le visage ensanglanté. Nabil Ayouche et Ahmed Douraidi, membres de la commission administrative de l’AMDH et plusieurs autres personnalités avaient été violemment malmenées. On n’oubliera pas non plus les propos très médiatisés d’un Nabil Ayouch qui s’indignait alors que « du côté américain, on informe et on associe les professionnels à ces négociations, du côté marocain c'est le black out total, et on nous répond à coups de matraque ». Cette manifestation avait été organisée à l'appel de la « Coalition marocaine pour la diversité culturelle » et de celle pour « le droit à l'accès aux soins et aux médicaments » qui regroupait, entre autres, artistes, écrivains, journalistes, médecins et pharmaciens.


Où sont passées les coalitions ?

La lettre de protestation qui a suivi ces événements regroupait le gotha de la société civile (Afak, ALCS, Fondation Zakoura…), des syndicats (Syndicat National de la Santé Publique, Syndicat National de la Presse, Syndicat du Secteur Agricole…), des associations médicales (Société Marocaine de Cardiologie, ainsi que des organisations professionnelles de différents secteurs. Ensuite, l’ALCS s’est associée à Act Up-Paris. Ensemble, les deux associations ont fait parvenir un courrier au directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lui demandant d’intervenir dans les négociations afin de défendre les droits des personnes malades. L’ALCS s’inquiète en effet d'une éventuelle limitation des trithérapies actuellement accordées aux Marocains atteints du sida.

Les altermondialistes, fervents opposants de l’ALE, ont-ils suivi le mouvement de protestation ? Attac Maroc, la plus médiatisée de ces organisations se distingue surtout par des actions locales. Comme elle l’a fait lors du sit-in de solidarité avec les habitants du quartier Yacoub El Mansour à Rabat qui a permis de bloquer les augmentations décidées par Redal. Attac joue aussi un rôle de premier plan dans les manifestations des diplômés chômeurs, des droits des femmes ou contre la guerre… L’organisation s’oppose bien sûr à l’ALE, mais aucune action concrète n’a été entreprise sur le terrain. Idem pour Annahj Addimocrati, très proche d’Attac, surtout à Casablanca. Dans son dernier communiqué du 3 octobre, Annahj s’est élevé, de manière discrète, contre la décision des autorités de permettre au consulat des Etats-Unis d’organiser sa caravane. Ensuite ? Rien, ou presque.

Chez les opposants de l’ALE, on compte sur le Parlement comme ultime roue de secours. Mais si cet accord a été signé sans véritables consultations ni avec les intervenants économiques nationaux, ni avec les syndicats ou les représentants de la société civile, que peut-on espérer du Parlement ? Les plus optimistes s’attendent toutefois à des débats intéressants à la Chambre des représentants en raison des inégalités patentes entre les deux parties de l'accord et les risques de faillite de certains secteurs qui seront affectés par l’ALE. Rêver, jusqu’à preuve du contraire, ne fait de tort à personne.

Hicham Houdaifa
Source : Le Journal Hebdomadaire