Culture
Pourquoi Mohamed Asli s'en prend à Noureddine Saïl
Tanger, samedi 17 décembre, il est 21 heures. A la salle Roxy, l'ambiance est plutôt bon enfant. Les stars du cinéma marocain se congratulent et les journalistes sont à l'affût du palmarès de la huitième édition. De sa place au premier rang, un homme veille au grain en véritable maître de cérémonie. Nourredine Saïl ne laisse rien échapper. Cette fête, il la voulait parfaite et surtout sans aucune tache.
A quelques minutes de la fin, la partie était quasiment gagnée. Saïl était presque parvenu à son objectif…Presque. Parce qu'un homme s'est chargé de lui gâcher la fête. Son nom, Mohamed Asli, réalisateur du célèbre «A Casablanca, les anges ne volent pas». Ce film a remporté plusieurs trophées dans des festivals internationaux et les critiques lui ont réservé un véritable triomphe.

Alors quand Mohamed Asli parle tout le monde l'écoute. Et à la salle Roxy, celui-ci a donné de la voix devant la stupeur des présents et de millions de téléspectateurs qui ne comprenaient pas ce qui arrivait.

Une fois sur la scène pour recevoir les prix du meilleur scénario et de la meilleure œuvre, Mohamed Asli s'en prend nommément au directeur du CCM et en des termes peu élégants. La salle s'agite. Asli n'en a cure, accusant ceux qui le sifflent d'être une minorité. A la fin de la cérémonie, une question taraude tout le monde : pourquoi Asli s'en est-il pris de la sorte à Saïl ? Selon toute vraisemblance, c'est le film Marock de la jeune réalisatrice Leïla Marrakchi qui a jeté de l'huile sur le feu.

Car le feu couvait déjà entre les deux hommes. D'après Mohamed Asli, le directeur du CCM ne lui a pas accordé l'autorisation pour une école de cinéma. Accusation que Nourredine Saïl balaie d'un revers de la main. Pour lui, il est clair que le CCM n'est pas habilité à donner des autorisations. C'est plutôt le rôle des ministères de l'Education nationale et celui de la Formation professionnelle. Une affaire qui n'est pas du tout claire et qui n'a pas facilité le contact entre les deux hommes.

Au festival du cinéma national de Tanger, les hostilités entre Saïl et Asli reprennent de plus belle autour du film de Leïla Marrakchi. Les mots que le réalisateur utilise choquent plus d'un. Il accuse le film d'être insultant pour les Marocains et les musulmans. Il demande tout simplement son retrait de la compétition. La terminologie est un peu vieillotte et un brin radicale.

Le directeur du CCM défend le film et dit assumer ses responsabilités quant à sa projection. Le débat se déplace alors sur le champ politique et la qualité de l'œuvre est passée sous silence. Enfin, une polémique dont le cinéma marocain se serait bien passé.

Karim Douichi
Source : Le Matin