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Belgique: L’immigration marocaine filmée

Un film conte l’immigration marocaine. Devant les caméras : quatre témoins, anciens travailleurs des usines Henricot. Derrière : leurs enfants.

Nous nous sommes rendu compte que beaucoup d’enfants de travailleurs marocains ignorent les raisons qui ont amené ici leurs parents et ce que furent leurs conditions de vie, explique Aïcha Adahman, une des trois réalisatrices d’« Ici là-bas ». Ce film documentaire sera présenté dans le cadre d’Identités croisées, un ensemble d’animations lancées par le centre culturel et le centre régional d’intégration pour célébrer le quarantième anniversaire de l’immigration marocaine (1).

À la source : la création en 2000 par le Centre nerveux, la maison des jeunes d’Ottignies, d’une cellule de réflexion sur les difficultés d’appartenir à deux cultures. Quatre ans plus tard, cette réflexion, nourrie d’ateliers divers, de rencontres avec l’historienne Anne Morelli, le sociologue Felice Dassetto, Jean-Marie Paquay, l’ancien secrétaire général du MOC (Mouvement ouvrier chrétien)… a débouché sur un film de 45 minutes entièrement réalisé par une dizaine de jeunes, Belges et étrangers, tissé de témoignages.

Quatre anciens travailleurs des usines Henricot jettent un regard dans le rétroviseur. Dans mon village de la région d’Agadir, je voyais des compatriotes revenir de France au volant d’une voiture somptueuse, se souvient Ahmed Idmouch. Alors, quand j’ai appris que le bureau de placement recrutait pour la Belgique, je n’ai pas hésité. Lorsque le chef du personnel des usines Henricot, venu au Maroc, m’a fait signer le contrat, je n’ai pas parlé de salaire, pas vu non plus qu’il fût précisé dans le document que je gagnerais 54 F l’heure.

En 1964, quand à l’Onem, on m’a demandé si je préférais la mine, le bâtiment ou l’usine, j’ai choisi l’usine, enchaîne Abdeslam Adahman. Au Maroc, on nous disait que dans les usines d’Europe, il suffisait de pousser sur des boutons.

De cette période, les anciens travailleurs dressent un bilan nuancé. Partis pour un an ou deux pour faire fortune, ils se sont rendus à l’évidence : Difficile, en 1983, avec 14.000 F par mois, de se loger, de se nourrir et d’envoyer de l’argent à la famille élargie restée au pays, confie Abdeslam Adahman. Et pour tous, le retour se fait de plus en plus improbable : Au Maroc, on se sentait de plus en plus étrangers. À l’usine, au début des années 70, on était bien accueillis par les Belges ; des associations nous donnaient des cours à domicile, organisaient des excursions… se souvient Jelloul Elmahi. Puis, avec le déclin de l’usine, les mentalités ont changé. Aujourd’hui, ma douleur est éteinte, j’ai appris à me battre, j’ai été délégué syndical, j’ai créé une école des devoirs…

Doté d’un subside de la Commission européenne, d’un coup de pouce financier de la province et technique de l’atelier Graphoui, « Ici là-bas » a été réalisé entièrement par les jeunes. Nous nous sommes appropriés une technique inconnue, résume Aïcha Adahman. Comme nous l’avons fait pour l’histoire de nos parents.


(1) Samedi 21 février à 17 h au centre culturel (41, avenue des Combattants). Entrée gratuite.

CATHERINE MOREAU
Source : Le Soir en Ligne (region.be)